Les jeux d'entraînement cérébral marchent-ils ? Ce que dit la science
Les applications d’entraînement cérébral promettent un esprit plus vif en quelques minutes par jour. Certaines sont allées beaucoup plus loin, en laissant entendre que leurs jeux aideraient au travail, à l’école ou face au déclin lié à l’âge. Qu’en dit vraiment la recherche ?
Réponse courte : vous allez progresser aux jeux auxquels vous jouez. Que ce progrès se diffuse au reste de votre vie, c’est beaucoup moins sûr, et les meilleures données disent : pas tellement. Voici la réponse longue.
Transfert proche et transfert lointain
Les chercheurs utilisent deux notions qui rendent ce débat bien plus lisible.
- Le transfert proche : s’entraîner à une tâche améliore les résultats sur cette tâche, ou sur des tâches très voisines. Jouez un mois à un jeu de mémoire des chiffres, et vous devenez meilleur à ce genre de jeu.
- Le transfert lointain : l’entraînement améliore autre chose, comme le raisonnement en général, les notes, le fait de retrouver ses clés ou l’efficacité au travail.
Le transfert proche est facile à démontrer et se produit presque toujours. Le transfert lointain, c’est ce que tout le monde espère, et c’est là que ça se complique.
L’étude ACTIVE : des effets réels, mais ciblés
La plus grande étude du domaine s’appelle ACTIVE (Advanced Cognitive Training for Independent and Vital Elderly). Cet essai randomisé américain a recruté 2 832 personnes âgées, de 74 ans en moyenne. Elles ont été réparties entre un entraînement de la mémoire, du raisonnement ou de la vitesse de traitement, et un groupe témoin sans entraînement. Le programme comptait une dizaine de séances, avec des séances de rappel plus tard pour une partie des participants.
Le suivi à dix ans, publié par George Rebok et ses collègues en 2014, est souvent cité. Ce qu’il montre :
- Les groupes raisonnement et vitesse restaient meilleurs que le groupe témoin sur les capacités précises qu’ils avaient entraînées, dix ans après.
- Le groupe mémoire n’avait plus d’avantage aux tests de mémoire.
- Les trois groupes entraînés déclaraient moins de difficultés dans leurs activités quotidiennes que le groupe témoin. Mais sur des tests objectifs de tâches de la vie courante, aucune différence.
- Seuls 44 % environ des participants de départ étaient encore suivis à dix ans, ce qui limite la portée des résultats.
Bilan : des effets durables sur la compétence entraînée, et des signaux mitigés, surtout déclaratifs, au-delà. On est loin de « musclez votre cerveau, changez de vie ».
La lettre de consensus de 2014
En octobre 2014, le Stanford Center on Longevity et l’Institut Max Planck pour le développement humain ont publié « A Consensus on the Brain Training Industry from the Scientific Community », signé par environ 70 psychologues et neuroscientifiques. Leur message principal : la littérature scientifique ne soutient pas l’idée que les jeux cérébraux réduisent ou inversent le déclin cognitif. Ils dénonçaient aussi un marketing qui joue sur l’inquiétude des personnes âgées face au vieillissement.
Le débat n’était pas à sens unique. Quelques mois plus tard, plus de 120 scientifiques, dont certains travaillaient sur l’entraînement cognitif, ont signé une lettre ouverte en réponse, affirmant que certains programmes avaient des bénéfices documentés. Ce désaccord en disait long : les preuves ne suffisaient pas à trancher.
La synthèse de Simons et ses collègues en 2016
En 2016, Daniel Simons et six coauteurs ont publié une longue synthèse dans la revue Psychological Science in the Public Interest, intitulée « Do “Brain-Training” Programs Work? ». Ils ont examiné plus de 130 études, dont celles que les entreprises du secteur citaient elles-mêmes sur leurs sites.
Leurs conclusions :
- De nombreuses preuves montrent que l’entraînement améliore les résultats sur les tâches entraînées.
- Les preuves sont plus minces pour les tâches proches, et rares pour les tâches éloignées ou la vie quotidienne.
- Beaucoup d’études présentaient des défauts de conception : petits échantillons, groupes témoins peu adaptés, multiplication des mesures sans correction.
Autrement dit : on progresse à ce qu’on pratique, et les promesses de bénéfices généraux n’étaient pas bien étayées.
La FTC et Lumosity
En janvier 2016, la Federal Trade Commission, l’autorité américaine de protection des consommateurs, a annoncé un accord avec Lumos Labs, l’entreprise derrière Lumosity. La FTC reprochait à l’entreprise d’avoir affirmé, sans base scientifique suffisante, que ses jeux amélioraient les performances au travail et à l’école et réduisaient ou retardaient le déclin cognitif lié à l’âge. L’accord prévoyait une condamnation de 50 millions de dollars, suspendue une fois 2 millions versés, et imposait que toute allégation de ce type repose désormais sur des preuves scientifiques solides.
Cette affaire est devenue une référence pour tout le secteur. C’est pour cela que les applications sérieuses, la nôtre comprise, évitent toute promesse médicale ou sur l’intelligence.
Alors, les jeux cérébraux ne servent à rien ?
Si, à condition de les voir pour ce qu’ils sont. Ce qu’ils peuvent honnêtement apporter :
- De la pratique sur des compétences précises. Pour calculer plus vite de tête, s’exercer au calcul mental aide. Notre article sur les astuces de calcul mental présente quelques méthodes à travailler.
- Une petite habitude quotidienne. Quelques minutes de jeu concentré font une pause agréable par rapport au défilement sans fin, et c’est facile à tenir.
- Un retour sur vos progrès. Voir ses scores évoluer au fil des semaines est motivant et montre où l’on est plus lent ou moins précis.
- Du plaisir. C’est une excellente raison en soi.
Ce qu’il ne faut pas en attendre : une hausse de l’intelligence générale, un remplacement du sommeil, du sport ou de vrais apprentissages, ni une protection contre une quelconque maladie.
Notre approche
Nous avons conçu Esprio dans cet esprit. L’app propose de courts jeux de mémoire, logique, calcul, attention, rapidité et vocabulaire, avec une séance du jour de trois jeux choisis là où vos scores sont les plus faibles. L’objectif : une petite routine agréable et des progrès sur les jeux eux-mêmes, pas des promesses sur votre cerveau.
À retenir
- Les jeux cérébraux rendent meilleur aux jeux cérébraux. C’est bien établi.
- Les effets sur des tâches différentes et sur la vie quotidienne sont faibles ou non démontrés.
- Méfiez-vous de toute app qui prétend augmenter votre QI, soigner un trouble ou prévenir le déclin.
- Si vous aimez y jouer, jouez. Si vous visez une compétence précise, entraînez directement cette compétence.